AHMED LE SUBTIL
d'Alain BADIOU
Le désir de mettre en scène rime avec coup de foudre pour un auteur, plaisir d’un style, substance savoureuse à mettre sous les yeux du public…
Ahmed le Subtil est une œuvre riche sur la tolérance des différences culturelles.
L’action se passe au sein même d’une cité, à Sarges-les-Corneilles, un nom qui en dit long !
Une place de béton cernée
d’immeubles gris et sombres. Pas une âme, ambiance de cour de prison.
Arrivée de jeunes qui esquissent un rap, quelques mouvements de hip-hop, alliance de plaisir et de lassitude. Atmosphère pesante sur cette « cité ghetto ».
Puis un à un les personnages investissent « la zone », et celle-ci commence à vivre, à respirer. C’est comme une naissance et ce lieu au départ si morose va être le théâtre de haines, de mépris, de scandales, de mascarades, de jubilations, de passions et de fraternité.
Tout cela via le rire, le burlesque et la parodie, au travers de personnages extravagants et dans un décor qui prend au fil de la pièce un air de fête foraine…..Et puis j’ai eu l’envie de proposer à des jeunes issus de ces cités de se mêler aux comédiens du spectacle. Ils ont la responsabilité de la création, de l’interprétation de la musique et des chorégraphies qui y sont intégrées. Ils ont également un rôle de liens entre les personnages, nous rappelant de temps à autre la réalité de leur vécu, de leur culture.
Un divertissement messager du droit à la différence, sur fond de satire du monde politique.
A force de s’entendre dire qu’ils sont exclus les jeunes finissent par perdre leurs repères et les plus fragiles d’entre eux vont opter pour une attitude négative permettant ainsi une forme de reconnaissance par autrui. Cette attitude est par ailleurs souvent amalgamée avec le quartier lui-même.
« C’est souvent dans le regard de l’autre que l’on fabrique sa propre représentation ».
Petit à petit on en est venu à parler de quartiers en difficulté et par la même occasion celui qui y vit a une étiquette qui provoque des rejets et des a priori.
Je pense que dans ces quartiers comme partout ailleurs dans la ville, il existe des personnes pouvant produire un projet culturel. Il serait suranné de penser que le centre ville serait le lieu de l’artistique « normal » et les quartiers difficiles ceux de l’artistique ayant un alibi social.
Les acteurs de ce monde culturel réticent pensent le plus souvent que les artistes qui sont issus de ces quartiers ne sont que des artistes en herbe ou des amateurs, la qualité de leur travail en est donc dévalorisée du fait d‘une distinction sociale.
Avec cette pièce qui va regrouper des comédiens de tous horizons, des hip-hopeurs venus des cites de Mulhouse, des musiciens de rap issus d’un lieu un peu marginal de la ville, un jeune étudiant des beaux-arts issu également des cités et spécialiste en tag, j’ai envie de faire participer toutes les catégories sociales de la ville.
Je veux prouver que partout dans la ville des artistes professionnels peuvent produire et s’impliquer dans un projet artistique. Il faut favoriser l’émergence de ces nouveaux artistes et avec eux construire un patrimoine commun.
En parallèle, j’ai pris contact avec certains centres culturels installés dans les cités pour tenter d'y développer des ateliers théâtre qui n’existent pas actuellement. Par l’intermédiaire des jeunes issus des cités qui participeront au spectacle et m’épauleront dans cette démarche, je souhaite que la culture théâtrale contemporaine vienne dans ces quartiers, mais également les encourage à sortir vers la ville et tout cela, bel et bien comme un droit à l’égalité culturelle et une reconnaissance même de leur existence.